Donald, président des États-Unis d’Amérique. Cette phrase est déjà totalement ridicule. Donald, président des États-Unis d’Amérique. Il faut se la répéter plusieurs fois pour y croire vraiment. Donald, président des États-Unis d’Amérique.

Le candidat odieux, méprisable, exécrable, sexiste, nauséabond… bref répugnant à tous points de vue a été élu par le peuple américain (plus précisément par les grands électeurs, eux-mêmes élus par le peuple américain). Le candidat qui ferait presque passer Frank Underwood pour un saint (cf. House of Cards) est le nouveau président américain depuis 7 mois. Nous sommes horrifiés par ses propos haineux, ses décrets xénophobes, ses décisions qui mettent en péril l’avenir de la planète, son incapacité chronique à l’empathie vers les plus faibles… et en même temps nous nous délectons avec une joie non dissimulée de chaque revers auquel il doit faire face, chaque bâton dans les roues, chaque rumeur qui l’incrimine, chaque moment où l’institution, le peuple agit contre lui. Oui, cela nous fait plaisir. Un très grand plaisir quand on entend parler d’une possible procédure de destitution, ou même d’un abandon de sa part. Mais ne sommes-nous pas en train de commettre la même erreur que durant la campagne électorale ? Nous enfermer dans une bulle. Une bulle où Donald ne devient pas président par le passé. Une bulle où il ne terminera pas son mandat, ou au moins qu’il ne sera pas réélu en 2020, aujourd’hui.

Nouvelle bulle, ancien réflexe. Donald n’a pas changé en devenant président et croire que le regard des américains va changer du seul fait que Donald est devenu président est sans doute une grosse erreur. Il est resté le même personnage détestable aux idées proche (voire très proche, identiques ?) de l’extrême droite (ou alt-right, parce que changer le nom de l’extrême droite américaine est la meilleure idée de l’extrême droite américaine pour paraître, car il s’agit bien de paraître, plus acceptable par la société). Et il ne changera pas. Les américains n’ayant pas voté pour Donald sont ceux qui aujourd’hui s’opposent à la politique qu’il mène, mais les autres ? La masse nombreuse qui a soutenu Donald ? Pourquoi leur regard changerait ? Il a fait sortir les USA des accords de Paris, ré-ouvert des mines, convaincu des chefs d’entreprises d’annuler des délocalisations vers le Mexique. De leur point de vue les engagements de Donald sont tenus. Et les autres engagements alors ? Le mur à la frontière mexicaine, le système de sécurité sociale, les interdictions de séjour sur le sol américain pour certaines nationalités… Ces échecs (à l’heure où sont écrits ces mots) pour Donald sont des victoires au sens des droits fondamentaux de l’humanité. Et si ces échecs étaient la plus grande force de Donald pour être réélu ? Je l’imagine déjà accusant les juges, les démocrates, les associations, les ONG, les journalistes (oui surtout eux)… de l’avoir empêché, lui, pauvre victime du système, de mener à bien tous ses engagements pour le bien des américains. Et cela fonctionnera car il continuera à taper sur les mêmes. Les mêmes sur lesquels il a tapé durant sa campagne, les mêmes sur lesquels il continue de taper aujourd’hui

Alors j’envisage le pire. J’essaye de sortir de ma bulle (confortable, d’où je peux critiquer Donald) pour tenter de comprendre le point de vue de ceux qui continuent de soutenir Donald. Mais tous ceux-là justement ? L’électorat de Donald, a-t-il conscience d’être dans une bulle où Donald est la réponse à tous leurs problèmes ? Et essaye-t-il d’en sortir ?